Née à Paris, Anne-Sophie Behaghel a grandi dans l’odeur du béton, des pots d’échappement et des pommes d’amour de la Foire du Trône. Dans le doux cocon de la maison familiale, son nez s’évade et s’éduque : elle rêve au fil des sillages de parfums élégants que laissent les amis de ses parents après leur visite, s’endort dans l’odeur réconfortante de l’assouplissant si propre à chaque famille, et, si le bonheur avait une saveur, ce serait alors celle du hachis-parmentier que cuisinait sa grand-mère chaque mercredi. Les odeurs, c’est décidé, Anne-Sophie en fera son métier. C’est chez Cinquième Sens qu’elle fait ses armes de guerrier-parfumeur. Elle y rencontre Monique Schlienger qui deviendra son maître et son amie, mais aussi Amélie Bourgeois, sa plus fidèle comparse. Après neuf ans en tant que formatrice, parfumeur et évaluatrice, Anne-Sophie intrègre l’équipe de Firmenich en tant que commerciale, puis devient évaluatrice chez Symrise. Mais, l’aventure n’aurait su s’arrêter là, et Anne-Sophie rejoint ensuite Flair, pour retrouver son acolyte de toujours. Flair ? Un studio de création de parfums qui a pour vocation d’imaginer, de proposer, d’explorer et de concrétiser avec ses clients, professionnels du parfum et même particuliers, des pistes parfumées novatrices et créatives. Rencontrée lors de plusieurs lancements de parfums dont elle était en charge de la création, Anne-Sophie a accepté de répondre à quelques questions. Portrait d’une femme audacieuse et passionnée.

Anne-Sophie, racontez-nous votre rencontre avec l’univers du parfum

« Les parfums Guerlain que portaient mes parents : Parure pour ma mère et Habit Rouge pour mon père. Quant à moi, mes premiers parfums lorsque j’ai eu 10/11ans étaient Loulou de Cacharel et L’Air du Temps de Nina Ricci. Des parfums que je ne mettrais plus du tout aujourd’hui mais que je peux sniffer pendant des heures… »

Qu’est ce qui vous plaît dans votre métier ?

« Tout ! Les matières, les sentir et en découvrir de nouvelles dénichées par des spécialistes sourceurs, mais aussi l’abstraction de la palette synthétique, l’assemblage ou la création excitante et douloureuse, les rencontres, les nouveaux concepts, les idées déjantées. J’aime les parfums indirects, je n’aime pas la parfumerie de niche qui sent trop la matière brute. Je préfère les parfums qui racontent une histoire et l’idée que celle-ci puisse être différente suivant les perceptions. Et ce sont les matières synthétiques qui m’aident à créer comme ça parce qu’elles sont, selon moi, peu rattachées au réel et laissent libre cours à l’imagination. »

Des marques avec lesquelles vous aimeriez travailler ?

« Toutes celles qui veulent se démarquer olfactivement, tout en restant portables et supportables. »

Quelles sont vos plus belles création et qu’est ce qui en fait vos coups de cœur ?

« Nevermore de Frapin pour le brief qui m’a touché tout de suite et l’overdose d’oxyde de rose, ma matière fétiche. Lacrima de la trilogie des Humeurs de Liquides Imaginaires pour le trio de matières noires élémi, gaïac et castoreum, avec cette envolée salvatrice de baies roses, qui sort le trio de la tristesse et qui le met en lumière. Mendittorosa est une marque italienne gérée par une femme extraordinaire, Stefania Squeglia, pour qui j’ai créé deux parfums : North et South. Le premier représente son mari danois, le second cette femme italienne et les deux peuvent se porter ensemble. North est un boisé froid épicé, comme un cœur de pierre qui prendrait vie. Dans la même collection, Le Mat, voyage introspectif de l’être, est un chypré vrillé dans lequel j’ai remplacé le jasmin par l’immortelle, ce qui donne un accord très marqué patchouli/immortelle. D’autres créations sortiront en 2015, créées à partir de souvenirs olfactifs très forts ou grâce à des histoires très inspirantes. »

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De gauche à droite : Nevermore, Frapin – Lacrima, Liquides Imaginaires – North , South et Le Mat, Mendittorosa

Quel parfum auriez-vous voulu créer ?

« First de Van Cleef & Arpels, une jacinthe aldéhydée créée en 1976 par Jean-Claude Ellena, que portait mon professeur de français de 4ème. Elle fumait beaucoup et le mélange était incroyable. »

Quelle est votre matière première préférée ?

« L’oxyde de rose que j’essaye d’insérer dans beaucoup de créations, mais je sais qu’il va falloir que j’arrête à un moment. J’avoue que j’aime beaucoup les bois ambrés, comme le karanal notamment, ainsi que l’ambroxan. J’adore aussi le mimosa, l’immortelle, l’isobutylquinoléine qui sent comme une asperge dans une chaussure, le suderal avec sa note de plâtre et de chantier, ou encore la patchone pour son effet semelle Topy. Bref, j’en aime trop ! »

Et Beb’Air ?

« Beb’air est une marque de parfums que j’ai créée avec mon mari René que l’on appelle Beber. Ce sont des parfums de bureau pour tout actif attentif à son environnement olfactif. On vient de la lancer en décembre et ça démarre plutôt bien parce qu’en plus de sentir bon, c’est fun dans les noms et le graphisme. »

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